Antologia Critica

(da A propos de espaces baroques d’Angelo Bozzola, in “Marca Tre”, rivista di cultura contemporanea, maggio 1966).

Il y a près de soixante ans que les arts plastiques “lyriques”, peinture et sculpture, ont tenté leur premier pas dans l’abstraction. Les attaques actuelles d’une certaine critique qui voudrait réduire l’art à l’évènement et la création à une vaine succession de modes et joue dans ce sens au prophète de malheur en annonçant que l’abstraction est morte, et d’autre part le fait qu’un certain nombre d’individus (ils ne seront heureusement jamais nombreux et ils se moquent du suffrage journalistiquement universel) oeuvrent aussi lucidement que passionnément dans le sens unique de l’aventure artistique, nous déterminent à repenser le problème même de l’abstraction pour non pas le liquider mais bien pour actualiser son devenir. Je suis heureux que la voie choisie par Bozzola m’amène à faire le point sur ce problème en vue de dégager ses possibles dépassements artistiques immédiats. Je pense souvent à cette phrase d’André Malraux à laquelle j’aime revenir ici: “L’histoire de l’art est celle des formes inventées contre les formes héritées.” Quand un système morphologique arrive à saturation il est nécessaire de “changer de puissance” dans le sens cantorien du mot: il ne s’agît plus de jouer autrement avec les règles de ce système, il s’agît, avec d’autres règles, d’autres axiomes, d’autres postulats, d’élaborer un autre système et c’est dans ce sens que depuis plus de vingt ans je dis que si l’on a compris la leçon de dada il ne peut plus être parlé que d’un art autre. Le terme “abstraction” vaut ce qu’il vaut en art, mais, défini dans son contexte historico-dialectique, il marque assez bien justement un changement de puissance par rapport à la puissance de quelque classicisme que ce soit, depuis les totems primitifs essentiellement révolutions en... ismes commencées autour de 1860 et qui malgré Dada et les abords autres d’une puissance supérieure sont de plus en plus encombrantes étant devenues totalement inefficaces dans le plus conformiste des académismes bien vus. Et c’est ici que l’on parle de la mort de l’abstraction, comme si les artistes actuels avaient été capables de saturer en soixante ans de confusion un monde morphologique à une puissance supérieure, donc indéfiniment plus vaste que celui des classicismes humanistes qui s’étaient trouvés à l’aise pendant quelque six mille ans dans les merveilleuses dimensions de leurs axiomes. Devant une telle naïveté, ou une telle ingénuité stupidement prétentieuse, que les créateurs et les amateurs se rassurent: l’on a entr’ouvert la porte du domaine indéfiniment vaste de l’abstraction dont la richesse se proposant au devenir de l’art n’a en fait aucune échelle d’appariements avec celle des classicismes anthropo-morphologiques qui ont pourtant occasionné le merveilleux ensemble de chefs d’oeuvre que l’on savait trop mais que l’on ne sait peut être plus assez. Le système humanisto-euclidien glorieusement saturé, le monde artistique se doit d’être autre, le devient et s’y dépasse, pour rien de moins que le temps d’une ère liturgique mais bien occasionnellement artistique jusqu’aux merveilleux maniérismes rococos et à toutes les pseudo-autre probablement très longue dont il nous est donné d’assister à l’ivresse des premiers moments. Etant certain qu’une pédagogie prematurée ne ferait qu’amener des dangers d’académismes sclerosants, l’art se trasmettant de Maître à disciples et certainement pas de professeur à élèves, il est nécessaire aux artistes d’avoir dans la force dynamique de leur creation un esprit lucidement installé dans les complexes bases des possibles morphologies autres, qu’il faut imposer dans des oeuvres autres à un public non encore conditionné autrement et face à une critique dite d’art dont l’ignorance de la condition esthétique et de la qualification éthique n’est trop souvent sinon presque toujours maintenant qu’un jeu d’imposture. Dans l’immense éventail des richesses qu’une autre axiomatique structurelle a mis à la disposition des artistes, et parmi quelques-unes déjà explicitées par des oeuvres d’art dignes de ce nom, les “structures de répétitions” ont fait preuve d’efficacité continue, dans la mesure où, comme l’architecte Moretti me le faisait remarquer dès 1951 à propos de Capogrossi, “les artistes ayant trouvé leur algoritme, peuvent indéfiniment développer leur univers morphologique sans crainte d’académiser”. Dans ses sculptures Bozzola a trouvé son algoritme, par la voie d’une intuition artistique ayant actualisé dans la rigueur d’une autre liberté une sensibilité profonde qui nous rassure sur le devenir du conditionnement humaniste à la puissance de l’ensemblisme abstrait qui nous propose une longue et riche continuité dans les voies qualitatives d’un enchantement essentiellement artistique.


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